Ces enfants de l’état

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En France, 140 000 enfants sont chaque année retirés de leur famille pour être confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) et ensuite être placés en familles d’accueil. La plupart des gens se posent peu de questions quant à ces situations, alors qu’il est difficile pour ces enfants de s’intégrer ou d’être compris. Aujourd’hui nous avons voulu leur laisser un peu plus de place et surtout faire comprendre le fonctionnement de leur quotidien, en les rencontrant, ainsi que ceux qui partagent leur quotidien.

C’est à l’antenne médico-sociale du Clou Bouchet qu’Élise, une référente de l’ASE [Aide sociale à l’enfance] nous ouvre les portes de son accompagnement quotidien de ces enfants. Élise est éducatrice, c’est-à-dire qu’elle est référente des enfants placés. Pour comprendre son métier, elle nous dit qu’elle est « un peu comme une araignée qui tisserait plein de toiles autour de l’enfant ».

Elle nous explique son rôle ambivalent entre les parents et les enfants, « nous sommes là pour garantir la sécurité des enfants quand ils sont avec leurs parents et permettre de travailler la parentalité, nous travaillons sur le lien, sur ce qui unit les parents et les enfants ».

Cependant, son travail ne s’arrête pas ici, la partie administrative est aussi très importante, mais se fait sur un autre temps. Cette partie lui permet de constituer un dossier de suivi de l’enfant, auquel il aura accès après ses 18 ans. Ce dossier lui permettra alors d’éclairer des zones d’ombres une fois qu’il ne sera plus accompagné par l’ASE.

Certains de ces enfants mettront plusieurs années à ouvrir ce dossier si un jour ils en ont besoin, elle explique « il faut un certain nombre d’années pour appréhender son histoire de vie et prendre le recul nécessaire […] d’où le fait qu’il y ait 100 ans d’accessibilité. Certains enfants n’iront voir leur dossier que quand ils auront 80 ans parce qu’avant c’était trop frais, trop difficile ».

Malgré tout ce travail basé autour de l’enfant, elle ajoute « les gens n’ont pas une représentation réelle de ce qu’est l’ASE, ni même ce que c’est un enfant placé. Ce n’est pas souvent qu’on traite de ce sujet. », pour elle, les enfants souffrent de ces étiquettes posées sur eux. En effet, à l’ASE, l’enfant est au centre de toutes les préoccupations, mais le fait qu’on ne parle pas assez d’eux en dehors de cette organisation rend leur situation beaucoup plus complexe.

Nous sommes allées à la rencontre de deux familles d’accueil pour les interroger sur leur parcours de travail.

A. nous explique que ce n’était pas sa première vocation : « je n’ai connu ce métier qu’à la fin de mon adolescence, moment où ma mère a eu son agrément […] Finalement, c’est devenu de plus en plus présent dans mon esprit et j’ai commencé. Là c’est devenu une évidence ». Chacune de ces deux familles a dû prendre le temps d’expliquer leur choix à leur famille pour savoir si ceux-ci acceptaient une telle décision.

Cette décision nécessite réflexion, le danger est aussi de mélanger l’affect et le travail. C’est un point que nous voulions évoquer, nous leur avons demandé si l’un prenait parfois le dessus de l’autre. R. commence « il n’est pas facile d’exercer ce métier sans affect ; l’adoption de ma fille prouve évidemment que l’affect prend parfois le dessus ». A. ajoute « c’est la partie la plus compliquée de notre métier […] C’est encore plus difficile quand les enfants sont placés pendant de nombreuses années. Nous devons avoir à l’esprit dès le début de l’accueil que notre but est de leur permettre de retourner dans leur famille ».

Pour connaître le quotidien et les ressentis de ces enfants placés, trois enfants ont accepté que l’on s’intéresse à leur quotidien. Le premier enfant, S. commence par nous avouer que ce n’est pas toujours facile d’être en famille d’accueil, car « pour moi, c’est comme une famille. Mais le plus difficile, ce sont les questions qu’on me pose. […] Je n’aime pas qu’on me parle de mes parents parce qu’après ils me manquent », ce que M. confirme « au début, je me sentais à part, différente, car je n’habitais pas chez mes parents, mais au fur et à mesure je m’y suis habituée ».

En grandissant les enfants prennent vite conscience que la situation est compliquée. Ce qui nous a particulièrement marqué, c’est la maturité que nous avons trouvée chez J. qui n’a que 11 ans « c’est comme ma vraie famille parce que je suis bien avec eux, mais c’est un métier, ce n’est pas ma vraie famille […] je pourrais les appeler maman et papa mais je ne le fais pas parce qu’aujourd’hui je sais que ce ne sont pas mes vrais parents ». M quant à elle témoigne de l’appréhension qu’elle avait, car ses difficultés prenaient souvent le dessus, comme sa difficulté à s’intégrer.

Pour eux, être en famille d’accueil a été une réelle opportunité, c’est ce que nous avons ressenti dans chacune des interviews, mais celle de M. nous a particulièrement marquée en terminant son discours par une touche de positivité, « être en famille d’accueil m’a permis d’être plus autonome, d’être mise hors de danger et d’avoir une éducation, une bonne éducation. J’ai pu m’en sortir et me construire un avenir ».

Cléa et Maureen

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2 Comments

  • nadine.motard@cegetel.net'
    Nadine M. commenté sur 11 mars 2017 Répondre

    Un article qui montre bien à quel point c’est difficile pour ces enfants qui “grandissent” bien plus vite que les autres. Quand aux familles d’accueil, on voit bien à quel point c’est plus qu’un métier. Bravo à vous deux!

  • baillyandre@aol.com'
    BAILLY commenté sur 12 mars 2017 Répondre

    la dernière phrase de M nous donne encore plus envie de se battre pour ces enfants
    En tous les cas trés bon article

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