Cybers met en scène le futur et le transhumanisme

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Mardi dernier, nous avons assisté au spectacle Cybers, écrit et mis en scène par Marion Aubert et Hélène Arnaud. « À la base, il n’y avait rien » nous explique Hélène Arnaud quelques heures avant la représentation. « Marion n’a pas écrit une pièce qu’on a montée, nous avons commencé à travailler sans avoir de texte, sur des idées et moi, tous les jours quand on répétait je lui commandais une scène précise. Tous les jours je lui donnais une scène à travailler, les acteurs la jouait au fur et à mesure. Elle écrivait tous les jours sur des microcommandes. Et après, nous avions pleins de scènes, on les a choisi et on les a mis dans un certain ordre ».

Cybers est une pièce à part : elle traite du transhumanisme. Pendant deux heures, elle nous questionne sur l’avenir du monde et de l’homme. Allons-nous laisser entrer la technologie dans notre vie de manière encore plus prégnante ? Allons-nous la laisser modifier nos façons de vivre, d’être, de vieillir, de mourir ? La structure de la pièce nous offre alors une base pour débattre sur le sujet, confronter les points de vue, les différentes époques. Nous y retrouvons « un groupe de jeunes kamikazes bioconservateurs, un bloc opératoire des années 2900, un monsieur Casseau âgé de 807 ans, une robote Mélissa 727, des transhumanistes progressistes, des amours contrariées, des femmes d’aujourd’hui bien oppressées, des reporters, des gamers, des journalistes, des scientifiques, des ignares et des spécialistes, des teufeurs, un cyber-poussin, nos désirs, nos chagrins, notre soif de séduire, notre appétit de progrès, nos peurs, et le temps, le temps qui passe. »* Lors du débat entre Hélène Arnaud, Marion Aubert et les acteurs avec le public, la justesse de la mise en scène a été soulignée. Le jeu d’ouverture/fermeture des fenêtres par exemple, une jeune femme du public note l’effet de voyeuriste, « c’est comme si nous n’avions pas accès au transhumanisme, mais finalement, est-ce que c’est si loin que ça ? ».

Cette pièce déclenche une série de questions, un débat qui peut alors même faire peur et ces deux femmes semblent avoir éveillé la réflexion des spectateurs. Plus tôt dans la journée, nous avons eu l’opportunité de pouvoir interroger Hélène Arnaud, 40 ans, dans la salle de spectacle où allait se dérouler quelques heures après Cybers.

Depuis combien temps êtes vous metteuse en scène ?

Un bout de temps maintenant… nous avons créé la Compagnie du Théâtre de l’Esquif en 2001. Nous sommes originaires de Reims et avons été formées ensemble. Dans la fin des années 90 nous sommes arrivés en Poitou-Charentes puis on a commencé à travailler ici, c’était une région dynamique. On a créé cette compagnie pour être indépendant, autonome et créer nos propres histoires.

Quels sont vos parcours et formations ?

Nous avons tous des formations différentes dans la compagnie. Au lycée j’ai fait une option spécialité théâtre, ça s’appelait A3 Théâtre à l’époque, dans les Ardennes. J’ai vu beaucoup de spectacles, ce qui m’a d’ailleurs donné l’envie de continuer. J’ai également travaillé avec plein de metteurs en scène différents, dans des centres dramatiques nationaux. J’ai eu des stages, des cours et parallèlement j’étais à la faculté de lettres modernes.

Qu’est ce que cela vous apporte dans votre vie de tous les jours ?

Je pense que si j’étais boulangère j’aurais la même personnalité. Vous, en tant que lycéens, vous êtes en pleine période d’affirmation et c’est une sorte de catalyseur, moi ça fait un moment que je suis passée par ce catalyseur. À un moment donné oui, le théâtre a vraiment agi sur moi. Il m’a permis d’être moi même et cela explique que je fasse encore beaucoup de théâtre avec les jeunes. C’est de voir cette éclosion de l’être qui me passionne. C’est vraiment lié à l’âge, aux premières expériences où on s’affirme en tant que personne et le théâtre est un lieu où on va se chercher soi-même.

Comment vous fonctionnez dans votre travail ? Dans le montage d’une pièce ?

Cela dépend. Le projet est parti sur le désir que j’avais de travailler avec Marion Aubert, l’auteure de la pièce. J’ai choisi un sujet : le transhumanisme. Nous commencé à bosser dessus, 3 ans la pièce était prête. À l’Esquif, nous sommes un noyau dur, une équipe assez fidèle, nous écrivions le texte en même temps que nous répétions, tous les jours. Puis à un moment nous plaçons la dramaturgie, la musique…

Vous arrive-t-il de jouer dans des pièces que vous mettez en scène ?

Non, c’est déjà énormément de travail et puis je n’ai pas envie de me situer à la fois à l’intérieur et à l’extérieur, c’est important d’avoir un regard totalement extérieur. Ma place c’est vraiment la mise en scène, je me réalise totalement dans mon métier.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Je ne sais pas si je l’ai vraiment choisi, je me suis pas dit un jour « tiens, je vais être metteuse en scène ». Par contre, je me suis dit que je voulais faire du théâtre quand j’étais au lycée. C’était surtout l’aventure collective parce qu’on est toujours avec les copains, c’était l’endroit où on partageait des choses, où on pouvait dire des choses. Le théâtre c’est se questionner ensemble, sur le monde dans lequel on vit. Je ne me suis jamais dit que j’allais arrêter le théâtre.

Elsa et Natalis

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