De la sueur et du métal

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La porte est entrouverte. Il est au téléphone avec une cliente de Perpignan, plus de 600 km de là. Il nous fait attendre patiemment, le temps de finir sa conversation, RTL en bruit de fond. La lumière tamisée donne un aspect doux et calfeutré, contrastant avec l’aspect brut de l’atelier. La moquette au sol et le lambris au mur nous font rapidement sentir chez nous. Sur les côtés une vitrine avec quelques pièces et des sièges, une paire de boucles d’oreille en arrête de poisson en argent, une bague sertie de diamants… Derrière le comptoir en verre, son atelier est ouvert aux regards des clients. Des outils, plus incongrus les uns que les autres s’amoncellent dans un désordre soigné.

Le joaillier ressort de son « arrière-boutique » en s’excusant de son absence, les lunettes de protection relevées, celles de vue sur le bout du nez. Il prend appui sur le comptoir. Monsieur Fillault est un bijoutier d’expérience, il travaille dans le bijou depuis 35 ans. Il a toujours fait ça et n’a pas besoin de dire qu’il aime son travail. Lorsqu’il nous parle de sa première installation dans une boutique, il n’est plus vraiment avec nous. Les yeux brillent, un sourire ému du coin des lèvres, il raconte le trac lors de la première ouverture, lors de l’attente de la première cliente, de l’excitation, des enjeux aussi… On revit la scène à travers ses yeux.

Le métier de bijoutier ne consiste pas seulement à la réparation d’objet, ni à la simple création à la chaîne d’une boucle d’oreille, pour être bijoutier « il faut de la psychologie » : « Pour moi, ce n’est que du métal, mais pour les gens, même si c’est du laiton, c’est la plus belle chose qu’il puisse être, car c’est parfois la dernière trace d’un proche, la représentation de quelque chose ». Il nous raconte alors une histoire qui l’a particulièrement marqué : un jour une dame arrive, gênée, et prévient alors le bijoutier qu’elle va le choquer. Il lui assure que ça ne le choquera pas. Cette dame avait un pendentif en cœur qui pouvait s’ouvrir et du papier journal… elle lui explique qu’à l’intérieur du papier journal se trouvent les cendres de son mari. Elle voulait les mettre dans le pendentif et sceller ce dernier. Il l’a fait.

Et il ajoute que ce matin même cette cliente est repassée, c’est à dire 5 ou 6 ans après les faits. Un bijoutier peut marquer une personne pendant longtemps, voire à vie. « Je redonne vie à quelque chose de précieux pour un client ». Son métier est aussi sa passion, cependant être bijoutier ne se résume pas a réparer, créer des bijoux authentiques et vendre, le contact avec le client fait partie intégrante du métier, comme il le dit en faisant un grand geste de la main sur son atelier « c’est ma pièce de théâtre ». Pascal Fillault compare son travail à une fille qui se maquille. Dans le métier de bijoutier on prend des habitudes qui réduisent le temps de travail. Il plaisante aussi sur les actions de ce travail qui lui ont abîmé les mains, « je n’ai plus d’empreinte ». Le métier de bijoutier reste « un savant mélange entre art et artisanat »…

Mais exercer ce métier est de plus en plus dur, lorsqu’il aborde le côté administratif on peut voir clairement que ce n’est pas sa tasse de thé. Pour lui c’est ce qui tue le métier. Il nous avoue volontiers qu’il ne s’occupe absolument pas de cette partie sous peine de « péter les plombs ». Il aimerait pouvoir exercer son métier tout simplement : « l’argent ce n’est pas le moteur ». Cependant, un peu quand même… les aides versées aux entreprises pour qu’elles forment les jeunes étant enlevées, il est de plus en plus difficile de pouvoir payer les apprentis.

Il gagne moins d’argent, il ne peut donc plus former de nouveaux bijoutiers et cela lui laisse plus de travail à faire. Une ombre passe à ce moment dans ses yeux. Pour lui c’est vraiment dommage, il aime profondément ce métier et aimerait pouvoir continuer à le transmettre. « C’est d’autant plus dommage que la nouvelle génération est motivée et à une bonne mentalité ». Il aime à les voir évoluer. C’est comme un échange réciproque d’apprentissage, il en apprend autant d’eux qu’ils en apprennent de lui. Une nouvelle cliente arrive, nous le laissons, lui l’alchimiste aux mains d’or que plus rien ne choque.

Naema et Elodie

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