« Hé t’es bonne, tu veux pas un peu de compagnie ? »

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Le harcèlement de rue déjà vu, déjà vécu ou déjà pratiqué ? Faisons en sorte que cela ne soit plus une habitude, mais un problème de société à supprimer. Pendant une soirée, un homme t’aborde gentiment, une conversation se construit, mutuellement, il est à l’écoute et sans insistance, c’est de la drague.

Pendant une soirée, un homme t’aborde malgré ta réticence, tu veux partir et à ses yeux ce n’est qu’une invitation à la drague, c’est du harcèlement. Pendant une soirée, un homme t’aborde et s’autorise un contact physique non voulu, c’est une agression. Ce genre de comportement dégradant et inacceptable se décline dans toutes les circonstances : dans la rue, les transports en commun, les lieux publics, au travail… en clair partout.

Dans notre entourage, combien de filles ont subi ces comportements abusifs ? Beaucoup trop. 65 % des françaises ont subi le harcèlement de rue avant 15 ans et 82 % avant 17 ans.

Mais vous saviez qu’un « salope » était puni par la loi ? Une injure publique, c’est jusqu’à 12 000 euros d’amendes, et si en plus elle est raciste, sexiste ou homophobe c’est jusqu’à 22 500 euros et jusqu’à six mois de prison. Et pour les mains baladeuses et tout ce qui s’ensuit, c’est jusqu’à 75 000 euros d’amende et 5 ans de prison. Et les interpellations ce n’est pas de la liberté d’expression, mais de l’atteinte à autrui. C’est pas flatteur, c’est humiliant. C’est pas de la drague, c’est du harcèlement. Donc, arrêtons de subir ces comportements que ce soit à 16 ou 35 ans.

Je suis une jeune fille de 17 ans. Je mets des jupes, des joggings, des hauts parfois décolletés, des baskets, des talons. En gros, je m’habille comme je veux. Le souci, c’est quand je sors, que ce soit la journée ou le soir. Je sais pas trop à partir de quel âge j’ai commencé à subir ces remarques dans la rue, mais ça commence à faire un petit bout de temps. Mais même avant de les subir, je savais qu’elles existaient. Combien de fois j’ai vu des femmes se faire interpeller avec des « hé mademoiselle » ou des « hé t’es bonne ».

Mais un jour, ça a été mon tour, c’est moi qu’on a interpellé de cette manière. Et là, ça fait bizarre. Au début, je ne réagissais pas, mes parents m’avaient dit que les hommes bizarres qui t’accostent comme ça, faut les ignorer. En plus, je me suis dit que c’était parce que je faisais plus vieille que mon âge, on me l’avait déjà dit, et puis je mettais des talons. Alors je me suis dit que les talons, je devais peut-être attendre avant de les porter.

Mais le souci, c’est que les remarques ont continué. Et moi, je n’avais pas envie d’être calme et de rien faire face à cela. Alors j’ai commencé à leur répondre avec des « Tu te prends pour qui ? » ou des « Lâche-moi », et les « mademoiselle » ont commencé à devenir des « ta gueule sale chienne » ou des « Salope va, tu la fermeras quand tu l’auras dans la bouche ». Ce qui me choquait d’autant plus, c’est que les hommes qui se le permettaient, avaient souvent l’âge de mon père.

À partir de ce moment-là, j’ai commencé à me remettre en question, la façon dont je m’habillais, ou même ma manière de me comporter. J’ai commencé à penser que le problème, c’était moi. J’étais celle qui provoquait ces remarques. Quand j’ai commencé à sortir le soir, tard, j’ai eu le droit aux remarques des mecs bourrés, mais je me disais qu’ils étaient bourrés. J’ai commencé à trouver des excuses à ces hommes et à culpabiliser. A cette période, je n’en avais encore jamais vraiment parlé avec mes potes. Mais c’est rapidement devenu un sujet de discussion, on se posait des questions. Je me suis rendu compte que le problème, ce n’était pas moi. Le problème est la banalisation de toutes ces remarques.

Parce que ça continue, encore. Mais ça va plus loin : les regards de haut en bas, les groupes de mecs qui te suivent même quand tu es accompagnée, le gars du bar qui s’assoit à ta table et qui veut plus partir, celui qui te touche la main ou le bras pendant une discussion. J’en suis même arrivée, à une période, à me dire que tous les gars des bars étaient comme ça, qu’ils voulaient tous qu’une chose.

Je suis une jeune fille de 17 ans, je mets des jupes, des robes, des talons, des hauts décolletés, des jeans moulants, et je ne suis pas une” salope, une chienne, une sale petite pute”, j’en ai simplement le droit. Donc non une mini-jupe n’est pas une invitation. Un non n’est pas un oui dissimulé. Et comprenez que la banalisation encourage ces situations.

 

 

 

 

 

Image provenant du projet crocodiles de Thomas Mathieu et Julie Boutant.
Lilith et Juliette

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