Isabelle, assistante sociale à la PJJ

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Pouvez-vous nous présenter notre métier ?

Je ne suis pas une assistante sociale généraliste, pas celle que l’on va voir pour avoir des sous je suis assistante sociale du ministère de la Justice de la protection judiciaire de la jeunesse [PJJ]. Je travaille dans un service basé sur Niort et je fais essentiellement des des investigations pour des mesures demandées par le juge des enfants concernant des mineurs de 0 à 18 ans. Pour savoir s’il y a des problèmes, comment ils sont dans leurs familles… Les solutions que l’on peut apporter quand on fait des investigations sont très nombreuses.

Pourquoi est-ce que vous avez choisi ce métier ?

Par hasard, j’ai passé le concours d’assistante sociale et d’infirmière et j’ai eu les deux donc j’ai dû choisir. Assistante sociale me paraissait n’avoir pas les mêmes contraintes que le métier d’infirmière : je suis assez curieuse, j’aime bien aller au fond des choses, assistante sociale me permettait de mettre à profit cette curiosité que j’avais et d’accompagner les gens, car j’aimais bien le fait de pouvoir les aider.

Quelles sont les qualités requises pour faire ce métier ?

Il y en a beaucoup, il faut être patient, il ne faut pas être trop exigeant entre ce que l’on attend des personnes et ce qu’elles donnent il y a beaucoup de différences. Il faut rester humble, tu les conseille, tu les accompagnes. Après c’est à eux de faire leurs preuves et de voir s’ils ont la capacité de mettre à profit ce que tu peux leur dire pour résoudre la situation. Il ne faut absolument pas être juge. Il faut garder le plus de distance possible avec la situation pour que l’on puisse faire des propositions les plus neutres possible.

Comment est-ce que vous faites en rentrant chez vous pour reprendre contact avec la vie quotidienne ?

Il faut faire la part des choses, quand tu rentres chez toi, tu retrouves ton quotidien, ta famille tout ce que tu as vu dans la journée tu le laisses de côté tu le reprends le lendemain. Même quand il y a des situations qui sont très prenantes, il faut dire qu’ici il y a toujours quelqu’un qui est là, un éducateur, une psychologue… pour qu’on puisse en parler, qu’on puisse se détacher il ne faut pas hésiter à parler de ces situations et le dire quand c’est difficile. On se blinde au fil des années les débuts sont plus difficiles. Il faut parler aux gens et les accompagner dans la douleur et dans la difficulté tout en gardant la distance, car si toi aussi tu prends ton mouchoir et pleures ça ne va pas les aider. Il faut envoyer comme message à la personne qui est en face « je vous entends » pour la rassurer, il faut être très en empathie avec les gens.

Est-ce qu’il y a le risque de s’attacher à ces personnes ?

Jamais, il ne faut pas s’attacher à ces personnes, et on ne peut pas de toute façon. Une mesure d’investigation dure 6 mois, donc on sait qu’au bout de 6 mois c’est fini, on va intervenir pour essayer de comprendre ce qu’il s’est passé et après on passera à autre chose. Mais jamais cela ne m’est arrivé de m’attacher ou d’être en difficulté dans une situation. Je ne peux tout simplement pas, je traite 50 à 60 cas par an, c’est vraiment un boulot, donc tu fais ton boulot qu’il soit difficile ou pas. C’est toujours compliqué, mais il faut savoir passer à autre chose et embrayer sur d’autres situations.

Est-ce qu’il y a déjà eu des menaces provenant des familles suite à votre verdict, avez-vous eu peur ?

Non jamais, même de la part des parents, quand je proposais le placement des enfants alors que les parents n’étaient pas pour, ils ne m’ont jamais menacée, je n’ai jamais eu peur. Quand tu expliques aux gens pourquoi tu demandes ça, il y a une certaine compréhension. Évidemment s’ils ne sont pas d’accord ils peuvent se mettre en colère, mais des menaces directes je n’en ai jamais eu, parce que quand il y a des placements d’enfants le plus important c’est de bien faire entendre aux parents et aux enfants pourquoi tu demandes ça. Les parents ne peuvent pas dire non, ils ne peuvent pas dire « oui il est en danger, mais on ne veut pas de placement ». Ils vont peut-être se mettre en colère, ça va être compliqué, mais il n’y a jamais de menaces directes. Il n’y a jamais eu d’attaques physiques.

Est-ce qu’il y a eu une évolution des cas que vous traitez depuis le début de votre carrière ?

Je trouve que les situations que nous avons actuellement sont plus compliquées, plus complexes, qu’il y a des multitudes de différences dans les familles que l’on ne voyait pas forcément avant parce qu’il y a une précarité certaine. Les gens gagnent moins qu’avant ce qui engendre tout un tas de difficultés : de l’alcoolisme, de la violence, et cela entraîne les gens à rester chez eux. Dans de pareils cas les gamins extériorisent tout ça après, quand ils sortent, à l’école, etc…

Aline et Chloé

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