« La police ne me rassure pas spécialement »

Partager avec vos amis...Tweet about this on TwitterShare on Facebook

Sécurité ? Peur. Vigipirate ? Attentats. Réflexe ? Légitime. Des mots reviennent sous la pluie, ce mardi matin dans le centre-ville de Niort… Pour tenter de comprendre les mécanismes qui engendrent la peur, et ceux qui en découlent, nous nous sommes pris au jeu du micro-trottoir autour de plusieurs interrogations.

Est-ce que ce climat d’insécurité, relayé dans les médias, se ressent réellement ? Qu’est-ce que cela entraîne ? Est-ce que les personnes comptent encore sur les policiers pour se rassurer, malgré les polémiques sur les violences policières ? Et Vigipirate, qu’en pensent-elles ?

Alors les logiques de l’angoisse collective, on en parle…

Lorsqu’on demande à notre interlocuteur s’il ressent le « climat d’insécurité », on se rend compte que cela tient beaucoup aux expériences personnelles. Pour celui qui nous répondra, « Je me suis fait agresser en décembre, pour un regard. Il y a de la tension depuis les attentats, plus que jamais. Avant je vivais à Toulouse et il ne m’était rien arrivé », son expérience semble confirmer ce que les médias véhiculent.

Au contraire, pour une jeune femme rencontrée quelques minutes plus tôt, l’insécurité ne semble pas si évidente : « J’utilise les transports en commun et je n’ai jamais eu de problèmes ».

Le contexte peut aussi jouer, puisque certaines situations semblent plus anxiogènes que d’autres : « le soir, l’hiver, à 18h à la Brèche » ou « à la débauche » nous confient deux femmes, l’une ajoutera « il y en a qui font du bruit, qui nous accostent ».

Toutes ces angoisses naturelles se voient alimentées par les médias et à force se transforment en peurs irrationnelles basées sur des stéréotypes ; l’une de nos interlocutrices se confie : « Je ne suis pas raciste, mais certaines personnes, celles qui viennent de l’extérieur, comme les noirs par exemple, ne respectent ni les lois ni les gens. »

En réaction à cette « panique» collective, on constate que certaines personnes vont se réfugier dans une confiance totale pour les forces de l’ordre et les mesures sécuritaires. Certains des propos recueillis témoignent bien de cette situation : « J’ai confiance en la police, en France il y a des lois, la police respecte les lois ». « Oui je fais confiance aux policiers, vous vous êtes jeunes il y a des manifs contre les flics, mais eux aussi ils se font agresser hein… Et eux y’a personne qui les soutient ». « J’avais peur, mais je ressens une certaine amélioration, parce que les policiers tournent souvent autour de la place le soir, c’est rassurant de les voir, surtout quand ils sont en tenue, on sait qu’ils sont là, c’est sécurisant ». Cette femme attendant son bus ajoutera : « Je pense que pour améliorer la situation il faudrait faire le contraire de ce qu’il s’est fait jusqu’à maintenant, il faudrait augmenter le nombre de forces de l’ordre pour qu’il y ait plus de sécurité grâce à leur présence. »

Quand on les interroge à propos du plan Vigipirate et de son utilité, tout le monde s’accorde sur le fait que « si c’est là, c’est que ce doit être utile ». Quand on aborde les côtés de cette mesure qui posent le plus question, comme les restrictions de droits que l’on a pu voir avec les assignations à résidence, les réactions révèlent une volonté à ne pas voir les failles de ceux qui les rassurent tant : « Les assignations à résidence ? Bah oui ça peut peut être atteindre les libertés individuelles, mais s’ils le font c’est que ce doit être légitime. C’est compliqué, mais si on ne frappe pas fort ce sera pire. » « Vigipirate a une utilité dissuasive, mais le plus important c’est le travail qu’il y a derrière. Je ne peux pas en juger. Si le plan existe, il y a des raisons. »

Ce climat de peur est donc bien présent et les forces de l’ordre n’ont donc pas perdu leur image de protecteurs… Mais toutes les personnes rencontrées ne tiennent pas ce discours. Et nous avons pu observer un schéma très binaire ; soit une confiance presque aveugle en l’image du monde renvoyée par les médias et donc en la figure policière, soit le refus d’accepter cette idée d’insécurité et la méfiance envers ceux qui semble la nourrir : « Ce n’est pas l’insécurité elle-même que je ressens, c’est le climat d’insécurité, le climat véhiculé, mais j’essaie de ne pas laisser entrer ce sentiment. Il ne faut pas qu’il prenne le dessus. La peur n’évite pas le danger. »

« Je ne me sens pas en insécurité. Il ne faut pas toujours écouter les médias, ils se répètent toujours et on finit par ne plus les croire. Aujourd’hui je n’écoute plus les infos à la radio, dès qu’on change de station on entend la même chose que sur les autres et si on écoute les infos un peu trop longtemps, on finit par croire que c’est la fin du monde ! »

À propos des policiers, le discours n’est pas toujours blanc non plus. « Leurs conditions de travail ne sont pas évidentes, donc il y a de plus en plus bavures ». « La police ne me rassure pas spécialement ». « Les policiers ne me rassurent pas du tout ! Pour moi les flics sont des fachos qui sont là pour casser des têtes ! »

Mais la réponse à cette insécurité, qu’elle nous fasse peur ou qu’on la nie, ne réside-t-elle pas ailleurs ?

Un monsieur âgé muni d’un parapluie multicolore et accompagné par son petit chien détenait peut-être une part de réponse. Articulant son argumentation autour d’une valorisation des relations sociales et de la confiance, il confie : « Je ne ressens pas l’insécurité aujourd’hui, j’ai confiance. On vient d’une génération complètement différente où tout le monde se connaissait, on confiait ses enfants à la voisine, tout le monde se disait bonjour. »

On ressent une certaine nostalgie dans sa voix. Il ajoute : « C’est souvent ceux qui n’ont jamais eu de problèmes qui ont peur, quand on écoute la radio, effectivement on a peur vu tout ce qu’on peut entendre. Il ne faut pas toujours écouter les médias, sinon on ne sort plus de chez nous ! ».« Ma petite-fille habite en Belgique, là-bas c’est différent, il y a beaucoup plus d’entraide et de confiance entre les citoyens, on devrait prendre exemple sur ça pour réduire le sentiment de peur ». « Vigipirate ? Je ne suis pas pour. Plus on serre les mesures de sécurité et plus on a peur »

Maureen et Cléa

The following two tabs change content below.
mc@gmail.com'

Maureen et Clea

mc@gmail.com'

Derniers articles parMaureen et Clea (voir tous)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *