Le tatouage : une discrimination bien ancrée

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Les tatouages restent un sujet tabou dans le monde du travail voire même ce peut être une raison pour refuser d’embaucher une personne, pourtant la loi protège les salariés face aux discriminations liées à l’apparence physique.

Le tatouage est au départ un signe d’appartenance à un groupe, par exemple religieux ou encore d’anciens prisonniers, mais il s’est popularisé jusqu’à devenir un élément esthétique, une « tranche de vie », ou encore un effet de mode. Nous avons voulu interroger des recruteurs afin de savoir si, pour eux, le tatouage fait partie des critères lors d’un entretien d’embauche. Ils tiennent à peu près le même discours. Le tatouage n’est pas discriminant, mais ils ne veulent pas pour autant qu’ils soient exhibés, visage, mains, nuques sont des zones qui posent problème. Même s’ils reconnaissent ne pas avoir de problème personnel avec le tatouage,ils pensent que celui ci peut être une barrière dans le monde du travail. « Tout dépend de l’emplacement du tatouage, au visage cela me poserait problème. Sur les mains je suis moins exigeant tant qu’il n’y a pas écrit quelque chose comme “Fuck” », Nicolas Giraud, 46 ans, responsable du magasin Jules à Niort.

Finalement le tatouage n’est pas un problème en lui même c’est plutôt ce qu’il reflète et l’incidence qu’il peut avoir sur le client. « Une de mes employés a souhaité se faire tatouer, elle m’en a parlé avant pour savoir si cela me posait problème, je n’étais pas pour, mais je ne m’y suis pas opposé,on ne peut pas interdire à quelqu’un de se tatouer si cela lui plaît », affirme Yoann Proust, gérant du bar de La Villa à Niort.

Nous sommes confuses par rapport aux réponses reçues, car on constate que d’un point de vue personnel le tatouage n’est pas une gêne, mais dès que l’on rentre dans le milieu professionnel il devient une contrainte. Pourtant le tatouage au-delà de sa signification est avant tout un « accessoire » esthétique qui revient à habiller son corps comme on peut choisir de porter un bijou. Nous avons eu un entretien téléphonique avec une recruteuse de la Macif Île-de-France  pour elle « on ne doit pas s’attarder sur ce genre de critères, car si l’on commence à recruter avec des critères physiques on ne recruterait personne, selon moi le critère unique est le critère professionnel. D’ailleurs à la Macif il existe le “Label diversité” et nous sommes régulièrement sensibilisés à ce sujet. »

Puis, dans notre démarche nous avons contacté des tatoueurs afin d’avoir l’avis des personnes qui nous semblaient être les plus proches de ce sujet puisqu’ils en ont fait leur métier. Le premier tatoueur interrogé explique qu’il « tatoue rarement les policiers et les gendarmes sur des zones telles que les mains ou le visage. Les personnes qui travaillent dans des métiers où cela peut porter préjudice le font plutôt sur des parties cachées comme les jambes le dos. Si je m’aperçois que la personne voulant être tatouée sur une zone relativement apparente travaille dans un métier où cela peut leur porter préjudice, je préfère en parler avec elle. »

Deux autres tatoueurs nous ont affirmés que pour eux il n’était pas question de cela et qu’ils ne demandaient pas le métier de la personne avant de la tatouer, car pour la personne sait ce qu’elle fait et a pris conscience des répercussions que cela peut engendrer. Ils n’ont jamais refusé de tatouer une personne pour ce motif. Un tatoueur de chez Inkzone à Bordeaux « trouve ça dommage que les tatouages soient ainsi rejetés par le monde du travail. Il m’arrive souvent que des personnes choisissent la zone à tatouer en fonction de leur métier. J’ai déjà refusé des tatouages par rapport au métier et à la demande de la personne. »

Pourtant dans la rue les discours restent contrastés « je ne suis pas vraiment dérangé par le tatouage, mais plutôt par le style vestimentaire ou les signes religieux apparents ». Le tatouage bien qu’accepté reste pointé du doigt, « si j’étais chef d’entreprise je prendrais en compte l’incidence qu’il peut avoir sur le client. Mais cela dépend du type de travail, il ajoute en rigolant, dans le funéraire un tatouage pourrait paraître moins sérieux, mais encore une fois cela dépend de la nature de ce tatouage. Pour moi, en dehors de ce contexte un tatouage n’est pas dramatique. En fait, je suis pour à 90 % ».

Malgré les lois sur la non-discrimination physique, le tatouage reste mal reçu dans le monde du travail et les mentalités n’ont pas encore totalement évolué. Le tatouage peut encore être aujourd’hui un frein à l’épanouissement professionnel, au même niveau qu’un signe religieux ou un style vestimentaire marqué. Bien des recruteurs passent à travers les mailles du filet et se permettent de juger une personne à partir de caractéristiques physiques, en mettant de côté les compétences de la personne, assimilant à tort qualités professionnelles et différence.

Chloé et Aline

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