“L’égalité des chances” une formule qui ne résume pas tellement notre réalité

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Nous sommes début mars, plus exactement à 98 jours du Bac. Dans cette dernière ligne droite, tous les élèves de terminale de France saisissent leurs vœux sur APB (Admission Post-bac) sauf ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas faire d’études supérieures. C’est notre cas.

Nous sommes deux élèves du lycée Jean Macé de Niort, nous nous préparons, comme tout élève de terminale, pour le Bac qui approche, mais avons chacun un tout autre projet en tête : travailler.

En effet, pour des raisons différentes, nous envisageons de ne pas enchaîner sur des années d’études en plus.

Thomas : « Je ne suis pas sûr de ce que je veux faire exactement, mais j’ai l’envie de faire de ma passion (la musique), mon métier. J’ai commencé la musique très tôt au conservatoire, mais j’ai décidé d’arrêter à cause de mon professeur de guitare qui n’était pas patient du tout avec les très jeunes “musiciens”. J’ai recommencé avec la guitare électrique quand j’avais 12 ans avec la plus grande passion qui est toujours présente aujourd’hui et encore plus forte. J’ai commencé autodidacte, j’ai pris des cours particuliers puis je suis rentré au conservatoire cinq ans après. Etant donné que je suis allé au conservatoire assez tardivement, il me reste encore quelques années avant de passer mon examen final. Le conservatoire ne me prend que trop peu de temps pour ne faire que ça… Que dois-je faire ?

C’est là que l’année de césure intervient. Elle me permettrait de travailler dans un certain rayon autour de Niort ou dans Niort et ainsi, de gagner de l’argent tout en finissant mon cursus au conservatoire. Et, pourquoi pas de pouvoir me financer un séjour linguistique en Angleterre et plus précisément à Londres, car c’est une ville que j’aime énormément grâce à sa culture musicale (les Beatles et le rock anglais typique), et son ouverture d’esprit. L’année de césure me permettrait de prendre plus confiance en moi et de pouvoir prendre le temps de réfléchir à la manière dont j’envisage mon avenir, avant de faire une formation dans le domaine du son ou un master de musicologie à la fac ou autre projet qui potentiellement m’intéresserait. »
Caroline : « Ma situation est un peu différente. Mon projet initial était d’aller à la Fac à Poitiers en Psychologie afin d’obtenir un master de criminologie que je projetais depuis déjà un an, car ayant un bon niveau scolaire et voulant intégrer la police en tant que criminologue, je voulais détenir un niveau de diplôme élevé.

La vie d’étudiante que je m’étais imaginée est vite tombée à l’eau. Pourquoi étudiante à Poitiers ? Car à Niort, il n’y a pas de fac qui propose de diplôme dans le domaine “Sciences humaines et Arts”. La plus proche se trouve à 130 kilomètres de chez moi. N’étant pas boursière et mes parents ayant des revenus très modestes et donc une situation financière qui ne leur permet pas de me payer une vie étudiante, c’est-à-dire le logement, la nourriture, les déplacements… La seule solution qui s’offrait à moi après m’être durement renseigné sur les possibilités ou non d’être aidée par le Crous, (qui me donnaient une somme dans les deux échelons les plus bas, soit cent euros par mois avec un seul parent qui travaille et un parent malade) était de gagner de l’argent et mettre de coté pendant un an (ou plus) pour ensuite ”me payer” mes études..

Je sais déjà où je serai employée à partir de juillet, j’ai cherché dés que j’ai su. J’ai envoyé une dizaine de CV et lettres de motivation et je suis enfin prise dans l’usine Poujoulat dans laquelle travaille mon père. Je trouve cela révoltant qu’on m’oblige à payer mes études, “l’Égalité des chances”, une formule si souvent reprise, ne résume pas tellement la réalité. Heureusement cette année de césure va me permettre aussi, tout comme Thomas, de réfléchir à la suite, avant de me lancer dans le grand bain et à prendre des précautions pour ne pas être encore surprise, mais aussi à prendre de l’assurance et être moins timide

L’année de césure devient une vraie solution de repli pour les jeunes quittant le lycée, qui peut, en plus, s’avérer bénéfique sur de nombreux points. Cependant, il ne faudrait pas que cette solution devienne un passage obligé et tant que les jeunes issus de familles modestes ne seront pas mieux aidés, le cas de Caroline se répétera, avec quelqu’un d’autre.

Caroline et Thomas

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Caroline et Thomas

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