Les métiers de l’ombre

Partager avec vos amis...Tweet about this on TwitterShare on Facebook

Bien trop souvent, les métiers de l’ombre sont inconsidérés et oubliés. Certains sont perçus comme ingrats, d’autres comme inutiles. Cependant, ces métiers sont indispensables à la vie quotidienne. Nous avons choisi de mettre en lumière les femmes de ménage souvent peu respectées.

Nous sommes alors allées à la rencontre de P., technicienne de surface, ou plus communément appelée « femme de ménage »…

Pourquoi ce métier ?

À la base, j’ai un CAP de serveuse, ce n’était pas ce que je voulais faire, j‘aurais voulu être coiffeuse mais mes parents ne pouvaient pas financièrement. Donc je suis rentrée dans la restauration, ce qui aurait pu me plaire si j’avais été patronne et pas employée. J’ai fini par arrêter et j’ai fait du ménage, comme j’aurais pu faire autre chose. Mais à vrai dire, ce n’est pas du tout le métier dont j’aurais rêvé. 

Votre métier est-il indispensable ? Pourquoi ?

Oui parce que de toute façon les femmes de ménage il en faudra toujours ; il faut des gens pour nettoyer les lieux publics, on en a besoin. 

Votre métier est-il bien rémunéré ?

Non, je gagne 9,94€ brut par heure. 

Quels sont vos horaires de travail ?

Le matin je travaille de 9h à 12h30, l’après-midi de 14h à 17h, un soir par semaine de 17h30 à 20h et deux soirs par semaine je travaille de 17h30 à 19h. Donc ça fait du 38h par semaine. Il n’y a pas très longtemps, je travaillais de 5h à 8h15 et ensuite j’enchainais par une journée normale. J’ai fait ça pendant 2 ans. 

Avez-vous le temps de bien faire votre travail ?

Chez les particuliers, oui, mais dans les entreprises ou dans les sociétés on n’a pas le temps de faire tout ce qu’on nous demande. 

Par qui êtes-vous embauchée et pour qui faites-vous le ménage ?

Je suis embauchée par une société afin de travailler pour une entreprise, et pour moi, par chèque emploi-service, je fais également quelques heures pour des particuliers. 

Avez-vous du bon matériel ? Vous est-il prêté ?

Pas toujours, certains endroits oui, mais d’autres non. Je fais avec ce que j’ai, quelques fois je n’ai même pas de produits adéquats pour faire le ménage donc je me débrouille. Eh oui, il est prêté. 

Avez-vous un deuxième travail à côté de celui-ci ?

En parallèle oui, je fais de la vente à domicile, je suis autoentrepreneuse.  

Les gens vous respectent-ils ?

Non pas toujours, très peu nous respectent. 

Avez-vous des anecdotes ?

Il y a quinze jours, un vendredi soir, mon employeur est arrivé un quart d’heure avant que je parte. On communique avec le cahier de liaison ; j’ai voulu marquer quelque chose et tout d’un coup, il a bondi en me disant que je n’avais pas passé l’aspirateur dans sa chambre et dans la salle de bain. Il a eu un comportement très désagréable et a voulu me faire dire que je ne l’avais pas fait alors que si, je l’avais bien fait. Je l’ai respecté, je ne lui ai pas répondu, car je n’ai pas le droit à cause de mes supérieurs. Malheureusement, des gens comme ça, il y en a plein. 

Vous êtes-vous déjà fait insulter ?

Non je ne me suis pas faite insulter, mais l’employeur dont je vous parlais m’a limite traité de menteuse dans son langage. 

Comment le vivez-vous au quotidien ?

Je ne le vis pas très bien, mais de toute façon je n’ai pas le choix. 

 

Nous sommes allées interroger une autre femme, anciennement agent d’entretien également : S. nous raconte…

Pourquoi ce métier ?

Il fallait que je trouve des petits boulots, pour faire une ouverture de droit auprès de pôle emplois pour avoir un certain nombre d’heures de travail. Et vu mes qualifications spécifiques, je ne trouvais pas de travail dans mon métier, photographe. 

Pensez-vous que ce métier est indispensable ? Pourquoi ?

Oui, on aura toujours besoin des agents d’entretien, car les personnes sur leurs lieux de travail ne font pas l’entretien de leurs bureaux. 

Votre métier était-il bien rémunéré ?

Au SMIC, il ne faut pas s’attendre à plus, 9,70€ net par heure. 

Quels étaient vos horaires de travail ?

Le matin de 7h à 8h30 pour faire un gymnase et le soir de 18h à 20h. 

Aviez-vous le temps de bien faire votre travail ?

Non. Vu la superficie à nettoyer, en deux heures on allait au plus rapide, mais c’est complètement insuffisant. 

Avez-vous des anecdotes ?

Par exemple, laisser un enfant écrire sur la table et non sur sa feuille, c’est un non-respect de la personne qui passe derrière. Une fois dans la salle de sport, ils n’avaient rien rangé, tout était en bazar, ils avaient laissé tout le matériel dehors. Autre exemple, ma collègue devait nettoyer les vestiaires franchement répugnants des hommes : il n’y avait aucun respect, même dans les toilettes. Il y avait quelqu’un qui passait pour nettoyer, donc pas de soucis pour eux : de la boue par terre, de la pisse sur les toilettes, c’était immonde… 

Les gens vous respectaient-ils ?

Pas tout le temps. En général, ils s’en foutent de la femme de ménage, ils me respectaient moi en tant que personne, mais ils ne respectaient pas mon travail. La femme de ménage, elle est seulement payée à faire le ménage donc ils s’en foutent. C’est un non-respect de la personne et de son travail. 

Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Ça va, mais je n’aurais pas fait ça toute ma vie. Ce n’était pas épanouissant pour moi. 

 

Ces deux témoignages démontrent bien que ce métier est sous-estimé et rabaissé, pourtant indispensable. Ce non-respect envers ces agents d’entretien montre un évident manque d’éducation de la part de ces employeurs, qui sans doute pensent exercer une domination sur quelqu’un venant, par nécessité de gagner sa vie, nettoyer leur « merde ».

Nous avons pu recueillir d’autres anecdotes récurrentes et désobligeantes par exemple lorsque les gens jettent des papiers par terre en disant « ce n’est pas grave les femmes de ménage sont là pour ça », ou encore dans les établissements scolaires, les élèves écrivent sur les tables, détériorent les toilettes, les traitent ouvertement de « boniches », les embêtent en salissant derrière elles, leur parlent en les rabaissant sans qu’elles ne puissent répondre… Une femme de ménage nous a même raconté que lorsqu’elle travaillait dans une grande entreprise, elle trouvait souvent des préservatifs usagés par terre dans les bureaux…

Les femmes de ménage ont le droit au respect, on ne doit pas dénigrer leur travail. Il y a des limites que la plupart d’entre nous ne devraient pas dépasser. Comme le disait Phocylide de Milet, « ne traverse pas les terres de ton voisin pour nuire à ses biens, respecte son travail ».

En espérant que tous les lecteurs de cet article prendront conscience que chaque être humain est égal, quel que soit son métier, quelle que soit sa classe sociale. Tout le monde n’a pas la chance d’exercer le métier qu’il souhaite, mais tout le monde devrait éprouver de la compassion envers ces personnes qui se tuent à la tâche pour notre hygiène à tous.

Eeva et Judith

The following two tabs change content below.
je@gmail.com'

Judith et Eeva

je@gmail.com'

Derniers articles parJudith et Eeva (voir tous)

2 Comments

  • pascale.verdejo@yahoo.fr'
    Pascale VERDEJO commenté sur 11 mars 2017 Répondre

    Bravo ! Je vais faire lire l’article à mon fils de 11 ans au collège. jamais eu l’occasion de parler de cela avec lui.

  • margotte79000@gmail.com'
    Anonymous commenté sur 11 mars 2017 Répondre

    Très bon article, il devrait être utiliser dans les écoles/collège/lycée principalement pour faire une prise de conscience sur les jeunes, car cette mentalité n’est plus possible.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *