Nulle part à Niort et dans notre classe

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Etant deux élèves de celui que tout le monde appelle Monsieur Marjault au lycée Jean Macé, nous avons décidé d’interviewer notre professeur afin de cerner son autre facette. Ce dernier est loin de se contenter de sa vie de professeur. Après des études littéraires en prépa khâgne et hypokhâgne à Nantes suivies d’un parcours en histoire-géographie, Nicolas Marjault est aussi l’auteur de diverses pièces de théâtre, pour le théâtre d’Alice à Nantes, en plus d’une vie de citoyen actif.

En décembre 2016, il publie son tout premier roman, un polar nommé « Nulle part à Niort ».

Nous ne sommes pas sans savoir que vous avez chez vous une bibliothèque bien remplie. Cet amour de la lecture a-t-il un lien avec la publication récente de votre premier livre, « Nulle part à Niort » publié en décembre 2016 ?

N. Marjault : À première vue, il n’y a aucun lien entre cette bibliothèque et l’écriture de ce polar, puisque cette bibliothèque, pour l’essentiel, s’est constituée au fil de mes études et notamment après le bac durant mes années de prépa à Nantes et de mon parcours dans l’histoire et la géographie.

Est-ce un projet de longue date ? Était-ce une nécessité ? Le besoin d’écrire à votre tour ? Ou tout simplement une expérience unique, un défi que vous vouliez vivre ?

N. Marjault : Alors j’ai toujours écrit. La seule chose qui est nouvelle avec ce roman, c’est justement qu’il s’agisse d’un roman. Auparavant, j’ai surtout écrit des pièces de théâtre, notamment dans les années 1990 pour le théâtre d’Alice que nous avons monté avec Nicolas Bonneau.

Qu’est-ce que cela représente comme travail de recherche pour écrire un livre ?

N. Marjault : Le travail de recherche représente normalement énormément de temps. Or, j’ai gagné beaucoup de temps, car je n’ai pas effectué ce travail de recherche. Nulle part à Niort prend pied dans des univers que je connais bien, pour les avoir pratiqué depuis 20 ans. Il y en a trois qui se croisent et s’entremêlent dans le livre : l’univers politique, l’univers professoral pédagogique et l’univers artistique qui sont la synthèse de 25 ans de ma vie. 

Est-ce que vous avez organisé votre travail d’écriture de A à Z, c’est-à-dire que vous saviez où vous alliez dès le départ ou alors vous vous êtes laissé guidé ?

N. Marjault : Initialement, je pose toujours un plan, une architecture. L’inspiration joue certainement moins que le fil conducteur que j’ai imaginé au départ. Pour illustrer la manière dont je travaille, je dirais que je suis comme une araignée, c’est-à-dire qu’au départ, mon roman est une grande toile sur le mur de mon bureau avec plein de post-it et plein de fils qui les relient. Vient ensuite le travail de documentation et d’écriture. Or, parfois, j’ai été amené à m’égarer, car il y avait des nouvelles choses que j’avais besoin d’écrire, mais je gardais toujours en tête l’idée que je devrais retourner sur mes pieds.

Avez-vous rencontré quelques obstacles particuliers ? Et avez-vous quelques anecdotes à nous raconter ?

N. Marjault : Nous ne sommes jamais à l’abri des obstacles. On sait ce pour quoi nous sommes à l’aise et on trouve vite ce pour quoi nous ne le sommes pas. Moi je ne suis pas à l’aise avec tout ce qui concerne l’écriture de relations amoureuses ou encore avec les actions en déroulement. En revanche il faut que l’écriture reste un plaisir donc on contourne ces difficultés. Dans mon cas ce roman est presque un roman théâtral avec tous les dialogues qui le composent.

Et j’ai en effet quelques anecdotes. Donc au départ sur sept maisons d’édition contactées il y en a deux qui ont été intéressés par mon livre. Une à Paris et l’autre à La Crèche. Mais la maison d’édition de Paris voulait que je réécrive les passages avec Lena Korsybski, c’est-à-dire que j’en fasse un personnage auquel le lecteur s’identifie. Je devais donc créer un univers familial à ce personnage afin que le roman soit moins «glacial» comme ils le disaient et qu’il y est plus de légèreté. La maison de La Crèche voulait que je réécrive un chapitre et que j’en fasse deux autres avant le dénouement, car ils trouvaient la fin de mon livre trop brutale. J’ai donc choisi «Geste Edition», la maison de la Crèche, car je ne me voyais pas refaire tous les passages de Lena Korsybski après déjà un an penché sur ce livre. Et puis j’avais un bon contact avec Adrien Naudin, le directeur de publication de Geste Édition.

C’est alors qu’il a fallu revoir le titre qui à l’origine était «Les Petites Femmes de Fer». Une mention locale devait apparaître, c’est-à-dire le mot «Niort». Ainsi après des recherches, j’ai trouvé le titre «Nulle part à Niort» faisant allusion à «Nulle part ailleurs». Ce titre traduisait ce que je voulais que ce roman soit c’est-à-dire que je me sers ici d’un exemple local pour que cela ait un sens global. Niort est un exemple, mais on s’y retrouve, quelle que soit la ville où l’on vit.

Et comment avez-vous lié l’écriture de ce livre avec votre vie professionnelle et personnelle ? En gros, avez-vous dormi ?

N. Marjault : (rires) En fait, j’ai toujours mené plein de vies en même temps. Les trois dimensions de mon livre, c’est-à-dire la création artistique, l’éducation nationale et l’engagement citoyen me parlent, car j’ai toujours eu l’habitude de faire les trois simultanément. Par exemple, dans les années 1990, j’étais dans toutes les associations d’opposition au Front national. Parallèlement, j’ai eu mon activité théâtrale dans ma compagnie professionnelle et j’ai commencé à enseigner. Étonnamment, ce train de vie ne me dérange pas. En vérité, j’en ai besoin. L’idée qu’on peut mourir vite me hante et me pousse à faire le maximum avant que ça s’arrête.

Concernant l’édition et la publication de ce livre, pouvez-vous nous dire comment marche ce monde-là : se faire un nom, se faire corriger, avoir des contacts, etc. ?

N. Marjault : La seule maison d’édition où j’avais des contacts réels a refusé d’éditer mon bouquin. Ce n’est donc pas un facteur déterminant. Le rôle de la chance est indéniable. Paradoxalement, de très bons manuscrits n’ont jamais été édités alors que d’autres, beaucoup moins bons, l’ont été. Être édité, ce n’est donc pas une preuve de qualité. À vrai dire, pour moi, la seule preuve de qualité, c’est le retour des lecteurs.

Pour finir, avec du recul, êtes-vous satisfait de votre polar ? Voulez-vous vous arrêter ici ou continuer l’aventure ?

N. Marjault : Est-ce que je suis satisfait ? Non. Si je devais le réécrire, je changerais énormément de choses. Travaillant beaucoup dans le théâtre, spectacle vivant ; j’adore le fait que l’on puisse sans cesse corriger. Le problème de l’écriture c’est que la page fige. Cela crée une forme de frustration. J’aime beaucoup les «work in progress». Dans l’acte de l’écriture, ce qui est intéressant, c’est de requestionner ce que l’on vient de faire, comme dans la vie, finalement. Il y a toujours moyen de faire mieux. Pour vous dire, aujourd’hui, je ne vois que les défauts de mon livre.

Est-ce que je vais continuer dans le domaine artistique ? Bien sûr que oui. Après, comment, la question reste entière. Rien n’est écrit d’avance. Je m’interdis de me fermer des portes. J’ai toujours besoin de me surprendre.

Joséphine et Sarah

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