« Si on se bataille pas pour eux on ne se bataillera pour pas grand-chose »

Partager avec vos amis...Tweet about this on TwitterShare on Facebook

Aujourd’hui la question des migrants revient régulièrement. Parmi eux, il y a des mineurs voyageant seuls jusqu’en France dans l’espoir de se construire une nouvelle vie. On les appelle communément Mineurs isolés étrangers (MIE). À Niort aujourd’hui on estime le nombre de MIE à plus d’une centaine. Ils arrivent de tous les horizons dans une France leur assurant une protection que tous les pays européens n’offrent pas. Il y a plusieurs moyens mis en œuvre que ce soit par l’État en lui-même ou par des associations indépendantes. L’État a pour obligation de protéger les MIE.

L’État, par l’intermédiaire des conseils départementaux se place en tant que tuteur légal de ces jeunes, soit jusqu’à leur majorité, soit jusqu’à ce qu’il retrouve un membre de sa famille pouvant prendre cette place. Pour les loger, l’Etat les place dans des hôtels privés ou dans des foyers gratuitement leur permettant d’avoir un toit et de la nourriture. C’est d’ailleurs dans un de ces hôtels que nous avons pu rencontrer un MIE de 16 ans, S., venant de Côte d’Ivoire par l’intermédiaire de Rodolphe Sarrieau, son coach de foot. C’est à Niort, où il est depuis six mois, que nous le rencontrons dans la salle de restauration de son hôtel. C’est après nous avoir aimablement proposé un verre, qu’il nous a raconté son histoire et les conditions de vie dans son nouveau logement.

En avril 2016, S. est venu en France avec pour objectif de réaliser son rêve de footballeur professionnel. En moins de 24 heures, il quitte son pays, passe en Italie, rejoint Paris et par erreur de train se retrouve à Metz. Après avoir pris contact avec le centre départemental de l’enfance en Moselle, il se retrouve placé en foyer pour six mois. Pour un problème de place au sein de celui-ci, le procureur décide de le transférer dans les Deux-Sèvres.

S. nous parle ensuite de la vie qu’il mène dans cet hôtel. Il vit en communauté avec d’autres jeunes hommes dans la même situation que lui. Il partage avec nous les difficultés de vie commune due à certaines tensions. Malgré quelques jours de sortie dans la semaine, et pour lui ses entraînements de foot, leurs vies sont majoritairement réduites aux murs de l’hôtel. Même s’il a conscience des dispositifs mis en place pour eux S. nous avoue : « J’ai un toit, je dors ici, mais c’est pas chez moi. J’aimerais bien avoir mon chez-moi, tranquille ».

En plus de ces dispositifs mis en place, l’État tente de les scolariser. Cela est plus simple pour tout adolescent de moins de 16 ans en France, car jusqu’à cet âge-là, l’école est obligatoire et gratuite. En revanche, pour les mineurs entre 16 et 18 ans, il est difficile de trouver une formation en raison du nombre de demandes variant chaque année. Isabelle Groleau, professeure des écoles, mais aussi chargée de mission au centre académique pour la scolarisation des nouveaux arrivants et des enfants du voyage nous dit alors qu’il y a deux ans, ils étaient 40, mais que l’année dernière ils étaient alors 140. Le manque de formation des enseignants face à des élèves maîtrisant difficilement le français et des classes non préparées et déjà surchargées, rendent la prise en charge de ces jeunes est donc mise à l’épreuve. « C’est difficile d’accueillir, dit-elle, et c’est difficile d’être accueilli ».

En dehors des moyens mis en œuvre par l’Etat, certaines associations ou personnes indépendantes essaient à leur échelle d’aider ces MIE. C’est ainsi que nous avons rencontré Rodolph Sarrieau dans la galerie du Moulin du Roc. Intervenant dans des activités multisports dans les centres de loisirs, mais aussi dans des prisons, c’est en tant qu’éducateur sportif de foot à St Florent qu’il a rencontré des mineurs isolés étrangers. Un ou deux garçons souhaitaient jouer dans le club pour pouvoir devenir footballeurs professionnels.

C’est en décembre 2015 qu’il rencontre un jeune montrant plus de motivation que ses précédentes rencontres et ayant un fort potentiel footballistique. Mais lorsqu’il rentre dans une procédure administrative pour lui faire signer sa licence, un procès commence et il en ressortira finalement que ce mineur était majeur, il est menacé d’expulsion de l’hôtel et surtout du pays. Devenant un migrant majeur, il risque d’être dans l’obligation de quitter le territoire Français.

En dehors de toutes les difficultés présentes, on ne peut pas nier les efforts et la réactivité des personnes encadrants ces mineurs isolés. Nous avons pu nous en rendre compte lorsque ce mardi, nous avons rencontré par hasard un jeune malien, arrivé à Niort par la gare depuis quelques heures, ayant quitté son pays depuis moins d’une semaine nous demande de le guider jusqu’au Conseil général. Après l’avoir quitté en fin de matinée, on nous renseigne alors qu’il est arrivé dans l’hôtel où loge S. Suite à ça, R.Sarrieau nous questionne sur les moyens mis en œuvre, mais aussi sur ceux que nous, citoyens nous pourrions mettre en œuvre pour aider. « J’entends les problèmes budgétaires, mais on fait quoi, on les laisse crever ? On les met dans un avion ? Bah faut savoir s’ils sont mineurs l’État doit les protéger. » Il invite alors à moins d’individualisme et à plus de solidarité, effectivement : « si on se bataille pas pour ça, on ne se bataillera pour pas grand-chose ».

Lilith et Juliette

The following two tabs change content below.

4 Comments

  • denis.metivier@dbmail.com'
    Denis Métivier commenté sur 9 mars 2017 Répondre

    Lilith et Juliette, vous êtes formidables.

    Votre témoignage est très juste et très émouvant sans larmoyer. Avec beaucoup de discernement.
    Vous faites de la politique sans le savoir, de la politique au sens noble.
    Vous abordez un sujet concret au plus près de vous. J’allais dire au plus près de nous tous.
    Soyez lues et entendues !

    Je vous encourage.

  • jmpniort@laposte.net'
    jmp commenté sur 9 mars 2017 Répondre

    Article plutôt bien documenté sur la situation des MIE en général, et de S. en particulier.
    J’aurais aimé connaitre aussi les réactions de sa famille, son ethnie, ses modalités de voyage.

  • pascale.verdejo@yahoo.fr'
    Pascale VERDEJO commenté sur 9 mars 2017 Répondre

    Bravo et merci pour cet article bien documenté. M’autorisez-vous à le publier sur mon blog, en précisant vos noms bien sûr et le cadre dans lequel vous l’avez écrit. Je souhaitais sensibiliser les personnes de mon entourage à la cause de ces jeunes et je trouve que votre article le fait très bien. Je m’investis quelques heures auprès de ces jeunes dans le cadre du vestiaire et j’ai contacté Nicola marjault pour savoir si certains d’aentre-vous auraient la volonté et le temps d’organiser une collecte de vêtements et chaussures pour ces jeunes dans votre lycée. Encore merci pour ce bel élan de solidarité.
    Bonne soirée

    • lilith6379@laposte.net'
      LEBOT Lilith commenté sur 10 mars 2017 Répondre

      Bonjour, merci pour votre commentaire, pas de soucis pour publier notre article sur votre blog. Votre projet nous intéresse, nous avons envie d’aider ces jeunes avec nos moyens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *